La qualité de l’eau potable
Le contrôle sanitaire des eaux destinées à la consommation humaine
L’eau est considérée comme potable lorsqu’elle peut être consommée sans risque pour la santé. Sa qualité doit répondre à des normes sanitaires définies par la réglementation. Cette dernière fixe notamment :
- les limites de qualité à ne pas dépasser pour les substances nocives ;
- les références de qualité pour les paramètres qui peuvent mettre en évidence un dysfonctionnement des installations de traitement ou être à l’origine d’inconfort ou de désagrément pour le consommateur.
Le contrôle sanitaire des eaux destinées à la consommation humaine est assuré par l’Agence Régionale de Santé (ARS) et s’ajoute à l’obligation réglementaire de surveillance permanente de la qualité de l’eau par l’exploitant. Ce contrôle a notamment pour but de s’assurer que les eaux sont conformes aux exigences de qualité réglementaires et qu’elles ne présentent pas de risque pour la santé des consommateurs.
Lors d’un dépassement d’une limite ou d’une référence de qualité, l’exploitant doit mettre en œuvre les mesures correctives nécessaires, informer la population et, s’il y a lieu (au regard de la gestion du risque), appliquer les restrictions d’usage de l’eau édictées par l’ARS.
Les analyses effectuées dans le cadre du contrôle sanitaire sont réalisées à trois niveaux :
- sur les captages, pour évaluer la qualité de l’eau brute, suivre son évolution au cours du temps et mettre en œuvre une adaptation du traitement si nécessaire ;
- à la sortie des installations de traitement / production d’eau potable, pour s’assurer de la bonne mise en œuvre du traitement et la gestion des installations. En sortie d’usine, l’eau doit pouvoir être consommée ;
- au robinet des consommateurs, pour identifier une dégradation éventuelle de la qualité des eaux durant le transport dans le réseau de distribution.



Le contrôle sanitaire comprend l’analyse de paramètres bactériologiques, physico-chimiques et radiologiques (radioactivité naturelle de l’eau). Un échantillon prélevé au niveau d’un captage, en sortie d’usine ou en distribution peut comprendre l’analyse de plus de 400 paramètres.
La fréquence d’analyse, définie elle aussi par la réglementation, est fonction des quantités d’eau prélevées dans le milieu naturel, de la vulnérabilité de la ressource, du débit d’eau potable produit et du nombre de personnes alimentées par le réseau de distribution.
En Guadeloupe, le contrôle sanitaire est renforcé par 2 arrêtés préfectoraux, datant de 2004 et 2012. Ainsi, la réglementation locale prévoit une fréquence d’analyse au niveau des captages deux à huit fois plus élevée que ce que prévoit la réglementation nationale. De plus, les fréquences d’analyse des installations concernées par la problématique chlordécone sont également deux à six fois supérieures à celles imposées par la réglementation nationale.
Lorsque l’on parle de la qualité de l’eau du robinet des usagers, il est préférable de raisonner en termes d’unité de distribution (UDI) lorsque cela est possible. L’UDI représente une partie du réseau dans lequel la qualité de l’eau est réputée homogène. La distribution de l’eau en Guadeloupe est organisée en 64 UDI qui peuvent être alimentées par un ou plusieurs captages, et par une ou plusieurs usines de potabilisation. En 2023, l’ARS a réalisé en Guadeloupe 1 752 prélèvements dans le cadre du contrôle sanitaire des eaux destinées à la consommation humaine, qui viennent s’ajouter aux analyses d’autosurveillance qui doivent être réalisées par les exploitants.

Par rapport à 2022, le nombre de prélèvements réalisés en 2023 par l’ARS a augmenté de 3,8 %.
Une synthèse des résultats est présenté ci-après.
Le contrôle sanitaire dans les unités de traitement
Parmi les paramètres analysés, les valeurs de turbidité (inverse de la transparence) et le taux d’aluminium peuvent permettre d’obtenir un indicateur de la qualité du traitement de l’eau dans les unités de traitement et de production d’eau potable.
Turbidité
La turbidité est la mesure de l’aspect plus ou moins trouble de l’eau, provoqué par la présence de particules en suspension. Il s’agit à la fois d’une limite et d’une référence de qualité qui peut avoir une incidence directe sur la qualité bactériologique de l’eau.
La turbidité peut être due :
- à la mauvaise qualité de l’eau brute ;
- à un mauvais traitement ;
- au remaniement de sédiments et/ou de biofilms dans les réseaux de distribution ;
- à l’intrusion par des fissures d’eau souillée dans les réseaux, consécutive à des ruptures de canalisation par exemple, ou à cause d’autres déficiences (ne peut pas arriver dans le cas d’un réseau sous pression).
Les fortes précipitations ont pour conséquence une augmentation de la turbidité dans les rivières, avec parfois des pics très élevés. La filière de traitement en place ne permet pas toujours d’abattre suffisamment la turbidité durant ces évènements. La carte suivante présente les fréquences de dépassement de la limite de qualité de la turbidité en sortie des unités de traitement et de production d’eau potable en 2023 :

En 2023, le nombre total de dépassements constatés de la limite de qualité pour ce paramètre est de 51 sur 463 prélèvements, soit un taux de 11,0 % (contre 12,5 % en 2022 et 13,7 % en 2021). Les dépassements ont concerné 38 % des unités de traitement et de production d’eau potable (contre 40 % en 2022 et 32 % en 2021).
Aluminium
L’aluminium est un élément naturellement présent dans les sols et les sous-sols de la Basse-Terre. Il est également utilisé sous forme de sels dans certaines unités de potabilisation pour agréger les particules en suspension dans l’eau avant filtration et désinfection. La présence de l’aluminium dans l’eau de consommation peut donc être d’origine naturelle, ou indiquer un dysfonctionnement ou une utilisation excessive de cet élément lors du traitement de l’eau.
La carte suivante présente les fréquences de dépassement de la référence de qualité de l’aluminium en sortie des unités de traitement et de production d’eau potable en 2023 :

En 2023,le nombre total de dépassements constatés de la référence de qualité pour ce paramètre est de 41 sur 220 prélèvements, soit un taux de 18,6 % (contre 20,5 % en 2022 et 11,7 %en 2021). Les dépassements ont concerné 30 % des unités de traitement et de production d’eau potable (contre 25 % en 2022 et 21 % en 2021).
Pesticides
Sur l’ensemble des pesticides qui ont été analysés à la sortie des unités de traitement et de production d’eau potable en 2023, seule la chlordécone a présenté de manière ponctuelle une non-conformité au niveau de l’UPEP de Gommier à Trois-Rivières :

La gestion des dépassements situés entre la limite de qualité (0,1 µg/L) et la valeur sanitaire maximale (1,5 µg/L) est encadrée au niveau national et régional. Elle concerne la gestion unique du risque en fonction des dispositifs mis en œuvre par les collectivités et les exploitants (dérogation, exploitation d’une autre ressource, délai de changement des filtres à charbon actif, réactivité, …).
Entre 2019 et 2023, un total de 15 non-conformités en lien avec les pesticides ont pu être relevées. Ces dernières sont réparties sur 5 UPEP différentes du sud de la Basse-Terre :

Le contrôle sanitaire des eaux de distribution
Bactériologie
L’eau qui est distribuée doit être désinfectée. Pour cela, du chlore est ajouté à l’eau en sortie des unités de potabilisation. Des postes de rechloration peuvent être installés sur le réseau pour maintenir un taux de chlore suffisant et constant tout au long du réseau. L’absence de bactéries dans l’eau distribuée est liée à la qualité du traitement, mais peut aussi dépendre du bon usage des réseaux de distribution.
Les eaux de surface (qui représentent 80 % de l’eau prélevée en Guadeloupe) sont plus vulnérables à la contamination par des bactéries que les eaux souterraines, notamment à cause du transfert de ces agents pathogènes de la surface du sol aux rivières lors des épisodes de fortes pluies.
Les fréquences de dépassement des limites et références de qualité bactériologique relevées en 2023 (intégrant les paramètres Escherichia coli, entérocoques, coliformes et bactéries sulfito-réductrices) sont présentées par UDI sur la carte suivante :

Sur l’année 2023, 86 % des UDI ont distribué une eau de bonne qualité bactériologique (fréquence de dépassement des limites et références de qualité < 5 %), contre 89 % en 2022 et 78 % en 2021. 52 % étaient même exemptes de non-conformité (contre 54 % en 2022 et 2021).
Les non-conformités les plus fréquentes en 2023 sont constatées sur les UDI de Desvarieux au Moule (26,1 %) et de Matouba à Saint-Claude (14,1 %).
Globalement, à l’échelle de la Guadeloupe, la qualité de l’eau du robinet peut être considérée comme bonne en 2023 puisque 97,5 % des eaux respectent les limites et références de qualité pour les bactéries. En 2022, 98,0 % des eaux les respectaient. Elles étaient 97,9 % en 2021.
Synthèse du contrôle sanitaire 2023
La figure suivante présente la synthèse des taux de conformité relatifs aux paramètres précédemment énoncés pour l’ensemble des analyses réalisées en Guadeloupe en 2023.

Ainsi, les principaux paramètres sujets à des non-conformités sont l’aluminium et la turbidité.
Le détail des non-conformités constatées en 2023 est présenté, par territoire de gestion, dans les tableaux suivants :


À noter que l’eau potable produite à partir de l’ensemble des forages exploités sur le territoire de Marie-Galante est en conformité vis-à-vis des paramètres analysés.
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Maintien de la qualité de l’eau potable
Pour qu’une ressource en eau soit autorisée à la consommation, elle doit répondre à des exigences réglementaires en termes de protection et de qualité. Des dispositifs de traitement de l’eau adaptés sont ensuite mis en place.
Le traitement de l’eau peut avoir une influence directe sur la présence d’éléments indésirables dans l’eau de consommation. Il est possible de limiter la turbidité et la présence d’aluminium dans l’eau distribuée en maintenant les usines de production en bon état de fonctionnement et en adaptant finement les traitements. Le dimensionnement adapté des usines est également nécessaire. La mise en place éventuelle de réservoirs tampons d’eau brute peut être une solution envisageable pour le traitement lors d’épisodes pluvieux, qui ont des conséquences fortes sur la turbidité de l’eau et la capacité de traitement des usines. Pour les usines devant traiter des eaux brutes contaminées par la chlordécone, la surveillance renforcée (autocontrôle et contrôle sanitaire) et le renouvellement régulier des filtres à charbon actif sont les seuls moyens pour permettre une distribution d’une eau conforme aux exigences réglementaires. Lorsque ces eaux brutes ne respectent pas les limites des normes exigées par la réglementation, un abandon du captage doit être envisagé.
La qualité de l’eau potable de chaque quartier est consultable sur internet via le lien suivant : https://sante.gouv.fr/sante-et-environnement/eaux/eau.
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