État d’avancement du Schéma Directeur d’Alimentation en Eau Potable du SMGEAG
Lancé fin janvier 2023 par le SMGEAG, le Schéma Directeur d’Alimentation en Eau Potable (SDAEP) constitue un outil stratégique de programmation et de gestion qui doit permettre au SMGEAG d’acquérir une vision globale des besoins en travaux et des solutions techniques envisageables. Ses objectifs majeurs sont les suivants :
- Amélioration de la connaissance (état des lieux, synthèse des études antérieures, capitalisation sur les évènements passés) ;
- Amélioration de la gestion et du fonctionnement (mise en avant des problématiques hydrauliques et de leur origine, diagnostic, modélisation…) ;
- Définition d’un programme d’investissement et d’aménagement à court, moyen et long terme.
L’étude, menée par le groupement Egis, Suez Consulting et Artelia, s’articule en 3 phases successives :
- Phase 1 : État des lieux et établissement du schéma de distribution ;
- Phase 3 : Réalisation d’un diagnostic par modélisation ;
- Phase 4 : Définition d’un programme d’investissements et d’aménagements.
Une phase 2, initialement prévue dans le SDAEP, fait finalement l’objet d’une étude complémentaire à part entière. Cette phase concerne la mise en place d’équipements de sectorisation.
Les résultats de la phase 1 ont été présentés en avril 2024, les résultats des phases 3 et 4 ont été présentés en février 2025. Les principales conclusions sont exposées ci-après.
Phase 1 : État des lieux et établissement du schéma de distribution
Ressource et production
L’état des lieux qui a été mené sur le patrimoine « ressource » et « production » a montré que 50% des ouvrages associés aux captages ainsi que ceux des UPEP se trouvaient dans des états dégradés (vieux, vétustes ou hors service).
Concernant la ressource, il est apparu important de pouvoir développer l’utilisation des ressources en eau souterraine (en particulier pour des enjeux de sécurisation de la production) mais également de sécuriser l’ensemble des périmètres de protection des captages. Les UPEP constituent également un enjeu fort. Ainsi, les diagnostics doivent être poursuivis, tout comme les opérations de réhabilitation (renforcement des capacités de traitement) et les opérations d’amélioration des process (en particulier sur les paramètres turbidité et pesticides).
Besoin / distribution
L’état des lieux qui a été mené sur le patrimoine des ouvrages de distribution a montré que 50 % des réservoirs étaient également en état dégradé (vieux, vétustes ou hors service). Les stations de pompage sont, quant à elles, en meilleur état.
L’analyse des données de performance disponibles montre qu’il existe une forte hétérogénéité sur les données de volumes mis en distribution ainsi que sur les données de consommation. L’objectif visé par le SMGEAG est de continuer la montée en puissance de la performance de l’exploitation, avec des outils de suivi régulier d’indicateurs sur :
- les zones d’alimentation (ZA, zones d’influence des unités de production et des feeders) ;
- sur les zones de distribution (ZD, délimitées selon la logique technique du réseau, la réalité du terrain, des territoires et l’origine de la ressource).
De plus, il y a une réelle nécessité de fiabiliser le comptage des volumes consommés. Le maintien d’un parc de compteurs à jour est un enjeu majeur (25 % du parc présentant des comptages nuls ou très faibles), tout comme la réalisation des relèves et de la facturation.
Il y a également des besoins de :
- maîtriser les feeders pour stabiliser et maintenir une alimentation stable des réservoirs et éviter les fortes variations de pression ;
- maîtriser le fonctionnement hydraulique de réseaux complexes ;
- travailler sur le contrôle des pressions en lien avec la topographie du territoire ;
- tendre vers une diminution de pression afin de diminuer le potentiel de fuite.
En ce qui concerne les tours d’eau, ils s’étendent sur 20% du territoire mais concernent des ressources alimentant plus de 50% de la population. 13 ZA sur 38 sont ainsi concernées par ces tours d’eau, avec un déficit d’environ 25 000 m3/j (soit 9,1 Mm3/an). 8 ZD ont été identifiées comme prioritaires au regard des volumes perdus annuellement (ZD où les fuites sont les plus importantes).

L’action actuelle de recherche et de réparation de fuites menée par le SMGEAG est majoritairement cohérente avec cette identification.
Bilan besoin – ressource
Le besoin en eau actuel à l’échelle du territoire du SMGEAG est d’environ 78 Mm3/an (soit 215 000 m3/j), pour une capacité de production globale d’environ 220 000 m3/j (soit 80 Mm3/an). Cependant, il existe une forte variabilité des besoins et des capacités de production d’une ZA à l’autre.
Ainsi, sur les 38 ZA :
- 12 ZA sont à l’équilibre ;
- 10 ZA sont excédentaires ;
- 16 ZA sont déficitaires.

L’étude s’est ensuite intéressée à l’estimation du besoin futur sur chaque ZA à l’horizon 2030, 2040 et 2050, avec les objectifs de rendements suivants :
- en 2024 : + 0,5 % ;
- à partir de 2025 : + 1 % / an ;
- à partir de 2030 : + 3 % / an ;
- en 2040 : atteinte d’un rendement moyen de 73 % ;
- en 2050 : suivant si le rendement en 2040 est supérieur ou inférieur à 75 %, maintien du niveau de rendement ou atteinte d’un rendement de 75 %.
L’objectif est ainsi de ramener le besoin en eau à une valeur de 38 Mm3/an en 2050, en rééquilibrant au plus tôt les ZA par des transferts d’eau pour mettre fin aux tours d’eau.
Les premières actions
Les premières actions concernent donc le rééquilibrage entre les ZA, la maîtrise du fonctionnement hydraulique des feeders et les actions de réduction des fuites prioritaires. Pour ces dernières, la méthodologie se base sur le fait de renouveler les canalisations en priorité sur les ZD avec de forts indices linéaires de perte (ILP) dans les ZA concernées par les tours d’eau. Ce sont ainsi 21 ZD qui sont concernées, ce qui représente 226 km de réseau à renouveler pour sortir des tours d’eau.
Le PPI 2023/ 2027 du SMGEAG prévoit à ce stade un renouvellement de 231 km, dont 91 km sur les ZD concernées directement par des tours d’eau.
Phase 3 : Campagne de mesures et diagnostic
L’objectif de la phase 3 est de dresser un état des lieux du réseau d’eau potable, d’analyser les performances hydrauliques et d’identifier les points de faiblesse.
Pour pouvoir dresser un diagnostic hydraulique des réseaux, une campagne de mesures s’est déroulée durant 12 semaines, du 20 mai au 9 août 2024. 1 133 points de mesures ont été utilisés :
- 454 points de mesure de débits ;
- 161 points de mesure de niveaux d’eau ;
- 518 points de mesure de pressions.
Les principaux constats qui ont pu être dressés sont exposés ci-après.
Le besoin global en eau potable est estimé à 230 000 m3/j (incluant 140 000 m3/j de volumes perdus par les fuites) sans prise en compte des tours d’eau.
Les volumes de fuite ainsi que les indices de pertes réseau sont hétérogènes. En effet, 50 % des volumes de fuite sont localisés sur 10 % des zones d’alimentation (ZA : zones d’influence des unités de production et des feeders) et 10 % des zones de distribution (ZD : zones délimitées selon la logique technique du réseau, la réalité du terrain, des territoires et l’origine de la ressource). En particulier, 11 ZD présentent un volume de fuite supérieur à 100 m3/h, ce qui représente 35 000 m3/j de pertes (soit plus de 25 % du débit de fuite total du SMGEAG hors tours d’eau).
Concernant les besoins actuels en eau, ils sont estimés à 92 Mm3. En cohérence avec la présence de tours d’eau, le bilan besoins-ressources est actuellement déficitaire ou fragile sur un nombre important de ZA.

Les besoins futurs, quant à eux, sont estimés à 56 Mm3 à horizon 2030 et à 43 Mm3 à partir de 2040. La réduction des volumes de fuite permettra de rééquilibrer le bilan à horizon 2030. En situation future, certaines ZA seront fusionnées, du fait de l’abandon de certaines ressources propres à des ZA actuelles.
Pour ce qui est des enjeux hydrauliques, ils sont liés aux caractéristiques propres de chacun des territoires. Ainsi, en situation actuelle, on observe :
- des pressions fortes plus importantes sur Basse-Terre ;
- des pressions faibles plus importantes sur Grande-Terre ;
- un temps de séjour de l’eau dans les conduites globalement plus important sur Grande-Terre ;
- des vitesses fortes et des gradients forts plus importants sur Basse-Terre.
Enfin, le stockage d’eau dans les réservoirs est jugé insuffisant sur plusieurs ZA, limitant les capacités de secours en cas de crise.
Phase 4 : Préconisations et plans d’action
L’objectif de la phase 4 est de définir des actions pour répondre à 5 enjeux thématiques identifiées en phase 3 du SDAEP :

(sources : Egis, Suez Consulting et Artelia)
Enjeu thématique n°1 : Performance réseau
Il s’agit de l’enjeu prioritaire. Il se compose de plusieurs typologies d’actions, en particulier :
- le comptage : il est important de fiabiliser les comptages majeurs, notamment ceux en sortie des principales UPEP (La Digue, Belle-Eau-Cadeau, Moustique et Deshauteurs) ;
- la sectorisation : des sectorisations de réseau complémentaires doivent être mises en place, notamment sur les linéaires de réseau de plus de 35 km et sur les secteurs où le volume de fuite est supérieur à 2 000 m3/j ;
- la gestion des pressions ;
- la détection et la réparation des fuites ;
- le renouvellement des conduites.
L’importance de la recherche de fuites et de la mise en place rapide d’une télégestion pertinente a été mise en avant. En effet, le développement d’outils de télégestion permettra au SMGEAG d’être en mesure de calculer automatiquement des indicateurs techniques par ZA ou ZD, d’analyser leur évolution et de pouvoir identifier plus rapidement la présence d’une nouvelle fuite ou de quantifier l’impact d’une réparation.L’objectif du programme de renouvellement est de remplacer plus de 7 % du linéaire (200 km) en 3 ans. L’objectif en termes d’évolution de la performance réseau est un gain de 1,5 point de rendement par an par le renouvellement dès 2025 et de 2 points par an par les autres actions d’exploitation à partir de 2026.
Enjeu thématique n°2 : Réhabilitation des ouvrages
La phase 1 du SDAEP avait montré qu’une grande partie des ouvrages se trouvait en état dégradé (30 captages, 35 UPEP, 21 stations de pompage et 67 réservoirs considérés comme vieux ou vétustes). Les travaux de réhabilitation associés sont estimés à environ 100 M€ :

(sources : Egis, Suez Consulting et Artelia)
La priorité est la réhabilitation des ouvrages de production (UPEP), qui représente également la plus grande part du budget nécessaire à cette thématique d’actions.
Enjeu thématique n°3 : Diagnostic hydraulique par ZA
Différentes préconisations ont été formulées :
- améliorer le fonctionnement hydraulique des réseaux pour éviter les zones de pressions excessives ou insuffisantes (par la mise en place de stabilisateurs de pression ou par le réglage de ceux existants) ;
- redimensionner les conduites quand cela s’avère nécessaire ;
- augmenter le stockage quand des insuffisances sont identifiées (atteindre 47 100 m3 afin de disposer d’une journée de stockage à l’échelle de l’ensemble des ZA) ;
- restructurer le réseau quand le besoin est identifié.
Les travaux internes pour répondre au diagnostic hydraulique des ZA sont estimés à plus de 130 M€.

(sources : Egis, Suez Consulting et Artelia)
50 opérations sont également à prévoir pour le réglage des ouvrages existants ou la création de maillage / jeu de vannes.
Enjeu thématique n°4 : Sécurisation du réseau
L’objectif est de pouvoir disposer à l’échelle du SMGEAG d’un système de production et de distribution en eau potable qui soit résilient et interconnecté. Cela permettra d’avoir la capacité de répondre à des arrêts de fonctionnement d’UPEP, à des épisodes de forte turbidité ou à des baisses généralisées de la ressource en eau et à des casses sur les canalisations majeures (feeders).
Les moyens pour y parvenir ont été identifiés :
- mettre en place des interconnexions entre ZA, en sollicitant autant que possible les axes existants ;
- mobiliser de nouvelles ressources (en eau souterraine notamment) ;
- contrôler plus finement les flux d’eau potable, les stations de pompage et les équipements de régulation.
Les travaux concernant la sécurisation sont estimés à 49,3 M€.

(sources : Egis, Suez Consulting et Artelia)
Enjeu thématique n°5 : Nouvelles ressources
Les travaux concernant les nouvelles ressources (8 opérations) représentent 32,7 M€. La priorité est donnée au développement de forages pour la diversification et la sécurisation des ressources (7 M€).
Bilan et impact économique
L’ensemble des phases du SDAEP a permis d’avoir une vision exhaustive de chacun des enjeux thématiques de l’eau potable sur le territoire du SMGEAG.
Au total, 733 actions ont été identifiées pour un montant total de 780 M€ :
- 330 M€ pour les travaux sur le réseau ;
- 450 M€ pour le renouvellement des canalisations et branchements sur 10 ans.
Le SDAEP du SMGEAG préconise de programmer les travaux de la manière suivante :
- 2025-2026 : en cohérence avec le plan d’action pour l’accélération du programme pluriannuel d’investissement (PPI) du SMGEAG, priorité au renouvellement ciblé des conduites les plus vétustes, à la réhabilitation des ouvrages de production et à la diversification des ressources. Des actions complémentaires ont également été préconisées par le SDAEP sur la réduction des volumes perdus (nouvelle sectorisation, comptage sur les UPEP majeures, fiabilisation des autres comptages) ;
- 2027-2029 : maintien de l’investissement, avec un taux de renouvellement toujours important, de l’ordre de 2%. Déploiement des premiers travaux d’interconnexions et optimisations hydrauliques ;
- 2030-2034 : décroissance des investissements, avec l’objectif d’une réalisation de l’ensemble du PPI SDAEP en 10 ans, puis stabilisation de l’investissement à hauteur de 40 M€/an.