État d’avancement du Schéma Directeur d’Assainissement du SMGEAG

Lancé fin janvier 2023 par le SMGEAG, le Schéma Directeur d’Assainissement (SDA) a les objectifs majeurs suivants :

  • maîtriser la connaissance du patrimoine assainissement, en dressant un inventaire précis de l’ensemble des ouvrages d’assainissement publics et privés ;
  • comprendre et apprécier le fonctionnement des systèmes d’assainissement (réseaux, stations de traitement, sources de pollution non domestiques, boues et sous-produits, …) ;
  • satisfaire aux exigences réglementaires (Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques, arrêté du 31 juillet 2020 modifiant l’arrêté du 21 juillet 2015, …) ;
  • s’inscrire pleinement dans les démarches de préservation et de reconquête des milieux récepteurs (Directive Cadre sur l’Eau, SDAGE 2022-2027 de la Guadeloupe…) ;
  • définir un programme de travaux à engager sur les réseaux et les stations d’épuration, et un échéancier de réalisation en tenant compte de la capacité du SMGEAG à mettre en œuvre ce plan d’action ;
  • accompagner les politiques de développement durable mises en œuvre par les communes adhérant au SMGEAG en les dotant de systèmes d’assainissement performants.

L’étude, menée par le groupement Egis, Suez Consulting et Artelia, s’articule en 4 phases successives :

  • Phase 1a : Recueil, analyse et mise à jour des données existantes ;
  • Phase 1b : Actualisation du zonage d’assainissement à partir des données existantes ;
  • Phase 2 : Étude diagnostic des équipements existants ;
  • Phase 3 : Définition du schéma directeur d’assainissement ;
  • Phase 4 : Enquête publique et documents administratifs.

Les résultats de la phase 1a avaient été présentés en septembre 2023. Les résultats des phases 1b, 2 et 3 ont été présentés en juin 2025. Les principales conclusions sont exposées par phase ci-après.

Phase 1a : Recueil, analyse et mise à jour des données existantes

Le patrimoine assainissement du SMGEAG est dans l’ensemble bien connu, mais l’inventaire reste insuffisant, en particulier pour les réseaux de collecte.

Les réseaux sont sensibles aux eaux parasites permanentes (intrusion d’eau provenant de nappes superficielles, de la mer ou de cours d’eau dans les réseaux d’eaux usées).  Ces eaux représentent entre 30 à 50 % des volumes moyens journaliers transitant dans les réseaux d’eaux usées.

Tous les systèmes de collecte sont très sensibles aux eaux parasites météoriques (intrusion d’eau de pluie dans les réseaux d’eaux usées), ce qui est source de saturation de certains ouvrages et de déversements vers les milieux récepteurs.

Lire l’article sur les eaux claires parasites

Pour plusieurs systèmes d’assainissement (Goyave, Sainte-Anne, Baillif, Le Moule, Baie-Mahault, Capesterre-Belle-Eau), les besoins en traitement sont globalement couverts à court terme. Toutefois, des actions urgentes doivent être entreprises pour la mise à niveau des stations d’épuration et sur les réseaux pour réduire les apports d’eaux claires parasites météoriques.

Des dépassements de la capacité nominale de traitement sont constatés sur plusieurs stations (Jarry, Le Gosier, Saint-François, Sainte-Rose, Vieux-Habitants…).

En ce qui concerne les diagnostics disponibles sur les réseaux, ils sont pour la plupart incomplets ou très anciens. Les besoins en études complémentaires sont importants pour parfaire ces diagnostics et mettre en place un programme d’assainissement ciblé.

Pour ce qui est du parc assainissement non collectif, il n’est pas suffisamment connu. Compte tenu de l’importance de ce parc, un état des lieux de l’ensemble des installations ANC (un diagnostic initial) devra être lancé rapidement.

Plusieurs communes ne disposent pas de zonage d’assainissement, ce qui rend difficile la définition d’un mode d’assainissement, notamment lors de l’instruction de permis de construire.

Le SDA indique que plusieurs exigences réglementaires ne sont pas satisfaites aujourd’hui.Les milieux récepteurs de Guadeloupe sont très sensibles à la pollution et les enjeux environnementaux sont très importants. Les systèmes d’assainissement doivent par conséquent être conformes et performants.

Phase 1b : Actualisation du zonage d’assainissement

Des cartes de zonage d’assainissement ont été élaborées au regard de différentes contraintes : perméabilité des sols, pente et surface des parcelles, présence de zones inondables ou de zones de protection de captage AEP, densité du réseau hydrographique et de zones naturelles sensibles aux alentours).

Ce zonage a ensuite été mis en cohérence avec les infrastructures d’assainissement existantes et avec les nouveaux plans locaux d’urbanisme (PLU) des communes et leurs règlements.

Après différentes étapes de consultation et la tenue d’une enquête publique sur le sujet, les zones d’assainissement communales approuvées pourront être annexées aux différents PLU.

Phase 2 : Diagnostic des équipements existants

Stations d’épuration

L’état des lieux qui a été mené sur les stations d’épuration a montré que le génie civil d’au moins 62 % des 17 stations ≥ 2 000 EH se trouve dans des états dégradés (vieillissants, vétustes ou hors service). Il en est de même pour au moins 55 % des 114 stations de moins de 2 000 EH inventoriés (public et privé confondus). Concernant les états de fonctionnement, au moins 48 % des stations de moins de 2 000 EH sont hors service.

Réseau d’assainissement

Le réseau d’assainissement est conséquent malgré un taux moyen de desserte inférieur à 50 %. Il est caractérisé comme étant en relativement bon état, excepté pour les canalisations d’eaux usées anciennes en fibrociment ou en béton.

Pour analyser l’état de fonctionnement des réseaux de collecte, des campagnes de mesures de débit et de pollution ont été réalisées de fin 2023 à début 2025. Elles ont permis de mettre en évidence :

  • une forte sensibilité des réseaux aux eaux parasites permanentes ;
  • une sensibilité des réseaux aux eaux météoriques ;
  • de nombreux tronçons des réseaux d’eaux usées qui ne sont pas étanches.

Des recherches ciblées d’intrusions d’eaux parasites ont été réalisées. Pour les eaux parasites permanentes, des inspections caméra ont été menées sur environ 5 km de canalisations anciennes exposées aux risques d’infiltration (hors réseaux amiante-ciment, qui sont déjà à renouveler). Pour les eaux parasites météoriques,200 km de réseaux environ ont été testés à la fumée, sur lesquels 1518 points d’intrusions ont été repérés.

Postes de relevage

Les postes de relevage sont des équipements destinés à refouler les eaux usées d’un point bas vers un point plus élevé lorsque les conditions topographiques ne permettent pas un écoulement gravitaire. L’inventaire qui a été mené a répertorié 355 postes de relevage répartis sur l’ensemble du territoire, ce qui implique des moyens importants nécessaires en exploitation, en maintenance et en suivi.

Le génie civil d’au moins 35 % des postes de refoulement se trouve dans un état dégradé (vieillissant, vétuste ou hors service). Concernant les états de fonctionnement, au moins 16 % des postes de relevage sont hors service.

Bilan du diagnostic

En conclusion, le diagnostic qui a été réalisé dans le cadre du SDA a soulevé les points positifs suivants :

  • le réseau de collecte est majoritairement séparatif (eaux usées domestiques et eaux pluviales séparées) ;
  • les besoins en traitement sont globalement couverts ;
  • plusieurs travaux de réhabilitation ont déjà été engagés par le SMGEAG sur des stations d’épuration, des mini-STEP, des postes de refoulement et des réseaux de collecte ;
  • une stratégie est en cours de consolidation pour le suivi des demandes de raccordement et les autorisations d’urbanisme.

En revanche, le diagnostic a identifié les points négatifs suivants :

  • la gestion du patrimoine est à développer. En effet, les caractéristiques des réseaux de collecte sont insuffisamment connues (âge, matériaux) ;
  • le taux de collecte des eaux usées est insuffisant ;
  • les réseaux de collecte relativement anciens (fibrociment et béton) représentent 39 % du linéaire total ;
  • les réseaux de collecte sont grandement sensibles aux eaux claires parasites permanentes et météoriques (contexte peu favorable), et peu de travaux de renouvellement ou de lutte contre ces eaux claires ont été entrepris jusqu’à aujourd’hui ;
  • les stations d’épuration et des postes de refoulement sont en mauvais état de fonctionnement ;
  • la majorité des mini-stations d’épuration est à l’arrêt ;
  • peu de conventions de rejet ont été passées (contrats fixant les modalités de déversement des effluents industriels dans le réseau d’assainissement), et le suivi et les contrôles sont insuffisants ;
  • des projets urbains pouvant impacter le fonctionnement des réseaux sont en cours.

Phase 3 : Définition du Schéma Directeur d’Assainissement

Les principales préconisations de travaux qui ont été formulées dans le SDA sont exposées ci-après.

Postes de relevage

Préconisation 1 : mettre en état de fonctionnement tous les postes de relevage (PR) : renouvellement complet, réhabilitation / renouvellement des chambres de vannes, réhabilitation des bâches, remplacement des pompes, remplacement des armoires électriques, télégestion et alarme, sécurisation, traitement des sulfures).

Les types de travaux nécessaires pour les 284 PR publics inventoriés sont les suivants :

Types de travaux nécessaires pour les postes de relevage du SMGEAG (sources : Egis, Suez Consulting et Artelia)

Les travaux sur les PR ont été priorisés en fonction de la nécessité de sécurisation vis-à-vis du risque de dommage à la santé des personnes, du positionnement sur le réseau et de son emplacement géographique.

Priorisation des travaux sur les postes de relevage du SMGEAG (sources : Egis, Suez Consulting et Artelia)

Réseau d’assainissement

Préconisation 2 : supprimer tous les rejets de temps sec (rejet urbain d’eaux usées se produisant en dehors des périodes de pluie), y compris pour les ouvrages privés(mettre en service tous les postes de relevage à l’arrêt, réhabiliter ou renouveler toutes les mini-stations d’épuration, supprimer toutes les mini-stations proches d’un système d’assainissement collectif suffisant).

Des travaux sont nécessaires sur 39 mini-stations publiques. Pour les secteurs sur lesquels des problèmes/besoins avaient été identifiés, différents scenarii ont été étudiés pour repenser les systèmes de traitement (réhabilitation ou construction de nouvelles stations avec reconfiguration du réseau). Au final, les besoins en travaux sur les PR sont les suivants :

  • réhabilitation / reconstruction pour 31 mini-stations ;
  • démolition, création d’un PR et raccordement au réseau public d’assainissement à proximité pour 8 mini-stations.

Les travaux sur les mini-stations ont été priorisés en prenant en compte différents critères : distance au réseau collectif, distance à la mer, distance d’un captage AEP et flux de pollution.

Priorisation des travaux sur les mini-stations du SMGEAG (sources : Egis, Suez Consulting et Artelia)

Préconisation 3 : lutter contre les eaux claires parasites : réhabilitation des réseaux sensibles aux eaux parasites permanentes, suppression des points d’intrusion d’eaux parasites météoriques.

Les travaux sur les réseaux d’eaux usées ont été priorisés en fonction du matériau constitutif des conduites :

  • Priorité 1 (fibrociment / béton) : entre 18,7 et 24,5 M€/an pendant 15 ou 20 ans ;
  • Priorité 2 (autres) : entre 10,5 et 11,6 M€/an pendant 45 ou 50 ans.

Stations d’épuration

Préconisation 4 : mettre en bon état de fonctionnement toutes les stations d’épuration (réhabilitation, puis à terme renforcement ou renouvellement).

La mise à niveau de l’ensemble des systèmes d’épuration ≥ 2 000 EH a été priorisé pour un coût évalué à 242 M€, dont 57,9 M€ sont engagés dans le programme pluriannuel d’investissement (PPI) du SMGEAG. Les tableaux suivants dressent la synthèse des montants financiers à engager pour mettre en place le programme de travaux préconisé par le SDA. Deux hypothèses, basées sur la capacité de réalisation des travaux (hypothèses basse et haute), y sont présentées.

Synthèse des montants financiers à engager par type de travaux pour la remise en état des installations d’assainissement selon les préconisations
du SDA du SMGEAG (sources : Egis, Suez Consulting et Artelia)
Synthèse globale des montants financiers à engager annuellement pour la remise en état des installations d’assainissement selon les préconisations
du SDA du SMGEAG (sources : Egis, Suez Consulting et Artelia)

Le programme pluriannuel d’investissement (PPI) du SMGEAG a déjà ciblé 22 opérations relatives à l’assainissement, dont certaines sont déjà terminées.

Lire l’article sur le Schéma Directeur de Gestion des Eaux Pluviales (SDGEP) du SMGEAG